La surdité génétique dans le viseur de Sensorion

Et si certaines formes de surdité pouvaient un jour être corrigées à la source ? C’est le pari de Sensorion. La biotech montpelliéraine spécialisée dans les troubles de l’audition vient de sécuriser un financement de 60 millions d’euros, dont 20 millions apportés par Sanofi. Un signal fort pour une entreprise qui ambitionne de transformer la prise en charge des surdités génétiques grâce à la thérapie génique.

Longtemps, les solutions proposées aux patients ont surtout été compensatoires : appareils auditifs ou implants cochléaires. Sensorion, elle, vise un changement de paradigme : agir directement sur les causes génétiques de la perte auditive. Son programme SENS-501, actuellement en clinique, cible une forme rare de surdité congénitale liée à l’otoferline. L’objectif ? Restaurer la fonction auditive en intervenant très tôt, parfois dès les premiers mois de vie.

Vers des traitements curatifs de la surdité ?

En parallèle, la biotech développe SENS-601, destiné aux mutations du gène GJB2, l’une des principales causes de surdité congénitale dans le monde. Les nouveaux fonds devraient accélérer le passage aux étapes cliniques, une phase décisive pour démontrer l’efficacité de ces approches encore émergentes.

« Grâce à ces nouveaux capitaux, la société prévoit d’intensifier ses efforts pour faire progresser la recherche et le développement du SENS-601, notamment en assurant l’évolution du programme dans sa phase de développement clinique, et de poursuivre le développement clinique du programme SENS-501. Il s’agit d’une étape importante pour la croissance de la société et pour les patients souffrant de divers troubles auditifs », estime Nawal Ouzren, directrice générale de Sensorion.

Au-delà des programmes eux-mêmes, l’entrée de Sanofi au capital illustre l’intérêt croissant de l’industrie pharmaceutique pour les thérapies géniques appliquées aux maladies sensorielles. Un domaine en pleine effervescence, porté par les progrès de la médecine de précision et des vecteurs viraux.

Les défis restent nombreux : validation clinique, accès au marché, coûts de développement. Mais si les résultats se confirment, Sensorion pourrait contribuer à faire passer la surdité génétique d’une condition compensée à une pathologie potentiellement traitable à la racine. Une perspective qui redessine déjà les contours de l’innovation en santé auditive.

Antonin Tabard