L’IA au cœur de la révolution du scanner cardiaque

Face au poids croissant des maladies cardiovasculaires, premières causes de mortalité dans le monde, l’innovation en imagerie médicale apparaît comme un levier majeur pour améliorer le diagnostic et la prise en charge des patients. Spécialisée historiquement dans l’imagerie par résonance magnétique, la société dijonnaise Casis franchit aujourd’hui une nouvelle étape stratégique en développant son activité dans le domaine du scanner cardiaque, grâce à un partenariat technologique international fondé sur l’intelligence artificielle.

CEO de Casis, Jean-Joseph Christophe travaille aujourd'hui au déploiement de la solution innovante développée par Keya Medical.
CEO de Casis, Jean-Joseph Christophe travaille aujourd’hui au déploiement de la solution innovante développée par Keya Medical. (Crédit : ON HEALTH)

Depuis plusieurs années, Casis a construit un solide réseau international auprès des professionnels de santé et des centres d’imagerie. « Nos utilisateurs sont les mêmes : cardiologues, radiologues et équipes hospitalières. Le scanner cardiaque devient un outil complémentaire naturel de l’IRM », explique Jean-Joseph Christophe, CEO de Casis. Pour développer cette nouvelle activité, l’entreprise a choisi d’établir un partenariat stratégique avec la société sino-américaine Keya Medical, spécialisée dans l’analyse fonctionnelle coronarienne.

Mieux représenter les artères coronaires grâce à l’IA

Au cœur de cette innovation figure la technologie FFRCT, qui permet de simuler le flux sanguin dans les artères coronaires à partir d’un simple examen de coroscanner. Là où les procédures traditionnelles reposent souvent sur des explorations invasives par cathéter, cette approche non invasive aide les médecins à identifier précisément les zones de sténose et à décider de la pertinence d’une intervention. Elle contribue ainsi à optimiser les stratégies de revascularisation et à améliorer le suivi des patients.

Historiquement, des solutions reposant sur des simulations de mécanique des fluides existaient déjà, mais nécessitaient d’importantes ressources informatiques et des délais d’analyse pouvant atteindre 48 heures. Les algorithmes d’intelligence artificielle développés ces dernières années permettent désormais de réduire ces délais à moins de quatre heures. L’analyse est réalisée via une plateforme cloud sécurisée, avec des serveurs aux États-Unis, en Chine et en Europe – le premier serveur européen a été implanté à Paris. La validation clinique des algorithmes s’appuie notamment sur la collaboration avec un centre de cardiologie à Nice et sur des études multicentriques internationales.

Une solution moins invasive et plus efficiente

Au-delà du gain de temps, l’impact médico-économique est significatif. Selon les études réalisées, l’utilisation de la FFRCT pourrait réduire de 25 % le nombre d’interventions chirurgicales inutiles. Sur 100 examens, près de 30 explorations invasives en CathLab et 20 interventions percutanées pourraient être évitées, représentant une économie estimée à plus de 86 000 euros pour le système de santé.

Lancée en avril dernier, l’activité de Casis dans ce domaine a déjà permis la signature de premiers contrats en Europe, en Amérique latine et aux États-Unis, marché particulièrement porteur grâce au remboursement de l’acte. L’entreprise bénéficie d’exclusivités commerciales sur plusieurs zones stratégiques, dont la France, le Japon et certains pays d’Amérique latine. Le délai d’accès au marché, d’environ douze mois, apparaît également plus rapide que pour l’IRM cardiaque traditionnelle.

En France, le développement dépendra toutefois de l’obtention du remboursement, espérée d’ici fin 2026. Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et la progression des facteurs de risque comme l’obésité, le marché de la FFRCT, encore émergent, affiche une croissance annuelle estimée à 35 %. Une dynamique qui confirme le rôle clé de l’intelligence artificielle et de la coopération internationale pour transformer la cardiologie interventionnelle et favoriser une médecine plus personnalisée, moins invasive et plus efficiente.

Antonin Tabard