L’injection intratumorale, futur de l’immunothérapie ?

Une équipe de Gustave Roussy explore une nouvelle voie prometteuse dans la lutte contre le cancer avec l’immunothérapie intratumorale. Cette approche innovante consiste à injecter directement les traitements au cœur de la tumeur afin de stimuler une réponse immunitaire locale, tout en limitant les effets secondaires systémiques. Les premiers résultats de l’étude Nivipit, publiés dans la revue Nature, montrent le bénéfice, autant sur le plan de l’efficacité que de la sûreté, de l’administration intratumorale d’un traitement d’immunothérapie habituellement utilisé en intraveineux.

Étudiée par l'Institut Gustave Roussy, l’immunothérapie intratumorale cible la tumeur, réduit la toxicité et reprogramme l’immunité pour des traitements du cancer plus précis et efficaces. (Crédit : Institut Gustave Roussy / Bérengère Denfert)
Étudiée par l’Institut Gustave Roussy, l’immunothérapie intratumorale cible la tumeur, réduit la toxicité et reprogramme l’immunité pour des traitements du cancer plus précis et efficaces. (Crédit : Institut Gustave Roussy / Bérengère Denfert)

Première innovation : la précision du geste. Grâce à la radiologie interventionnelle, les cliniciens ciblent la tumeur avec une grande exactitude. « L’injection intratumorale permet d’administrer des doses élevées de traitement directement dans la tumeur, tout en réduisant significativement la toxicité pour le patient », explique le Professeur Lambros Tselikas, chef adjoint du département d’anesthésie, chirurgie et interventionnel de Gustave Roussy, professeur en radiologie interventionnelle de l’Université Paris-Saclay et directeur du CIC Biotheris. Une avancée qui pourrait améliorer la tolérance des immunothérapies.

Traiter mieux, cibler plus : la promesse intratumorale

Mais l’innovation est aussi biologique. Les travaux montrent que cette injection locale peut transformer l’environnement tumoral et activer des mécanismes immunitaires à distance. « On observe une véritable reprogrammation du système immunitaire, capable ensuite d’attaquer d’autres lésions tumorales », souligne le Professeur Aurélien Marabelle, oncologue médical, professeur en immunologie clinique de l’Université Paris-Saclay, directeur du laboratoire de recherche translationnelle en immunothérapie de Gustave Roussy et responsable scientifique du CIC Biotheris.

Autre avancée clé : l’analyse en temps réel de biopsies fraîches, qui permet de mieux comprendre les réponses des patients. « Cette approche ouvre la voie à une médecine plus personnalisée, en identifiant les patients les plus susceptibles de répondre à ces traitements », précise le Professeur Caroline Robert, cheffe du service de dermatologie au sein du département de médecine oncologique de Gustave Roussy, professeur en dermatologie de l’Université Paris-Saclay et investigatrice principale de l’étude Nivipit.

En combinant précision, efficacité et réduction des effets indésirables, l’immunothérapie intratumorale s’impose comme une innovation majeure. Elle illustre une transformation profonde de l’oncologie : des traitements plus ciblés, mieux tolérés et adaptés à chaque patient.

Antonin Tabard