Innovation santé : comment Strasbourg veut devenir un pôle européen de référence

Hôpitaux universitaires, IRCAD, Université, NEXTMED, biotech et medtech : Strasbourg dispose déjà d’un écosystème dense en innovation santé. Mais comment transformer ces forces scientifiques et médicales en solutions réellement adoptées dans les soins ? Abdelaziz Choukri, vice-président de l’Eurométropole de Strasbourg délégué à l’enseignement supérieur, à la recherche et à la vie étudiante, détaille les priorités du territoire.

Strasbourg dispose déjà d’atouts forts en santé — Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, IRCAD, Université, recherche, biotech, medtech, mais aussi NEXTMED. Qu’est-ce qui peut aujourd’hui lui permettre de franchir un cap et de devenir un pôle européen de référence en innovation santé ?

Strasbourg franchira un cap en structurant davantage son écosystème autour d’une stratégie de site qui rapproche recherche académique, hôpital et entreprises. Nous allons poursuivre et amplifier le développement du campus Nextmed pour en faire un moteur de cette dynamique, favoriser le transfert des découvertes vers des applications concrètes et accélérer leur développement. Nous allons également affirmer notre ambition européenne, notamment dans les sciences de la donnée en santé, en nous appuyant sur les coopérations transfrontalières. L’enjeu est de faire de Strasbourg non seulement un territoire d’excellence scientifique et médicale, mais aussi un territoire capable de transformer cette excellence en innovations utiles aux patients.

Abdelaziz Choukri, vice-président de l’Eurométropole de Strasbourg délégué à l’enseignement supérieur, à la recherche et à la vie étudiante. (Crédit photo : Eurométropole de Strasbourg.)

Quels sont, selon vous, les maillons qu’il faut encore renforcer pour mieux transformer la recherche strasbourgeoise en innovations réellement développées, testées puis adoptées dans le système de soins ?

Nous devons mieux articuler les différentes étapes qui vont de la découverte scientifique à son application médicale : transfert technologique, expérimentation clinique, développement industriel et adoption par les professionnels. Cela suppose des liens plus étroits entre laboratoires, hôpital et entreprises, mais aussi un meilleur accès aux financements et aux moyens d’expérimentation. Les patients et les soignants doivent être associés suffisamment tôt pour que les innovations répondent à leurs besoins. L’objectif est de faire émerger davantage de solutions qui dépassent le stade du prototype et trouvent leur place dans les pratiques de soins.

Quel rôle l’Eurométropole peut-elle concrètement jouer pour accélérer le passage de la recherche et de l’innovation vers des solutions réellement déployées sur le terrain ?

L’Eurométropole peut faciliter les coopérations, accompagner les projets structurants et rapprocher des acteurs qui ne travaillent pas toujours suffisamment ensemble. Avec Catherine Trautmann, nous voulons faire de l’innovation un levier de développement pour le territoire, l’emploi et l’activité économique. Nous entendons notamment renforcer les liens entre établissements de recherche, acteurs hospitaliers et entreprises, en nous appuyant sur les dynamiques existantes. Le Conseil métropolitain de l’économie contribuera également à rapprocher les besoins du territoire des compétences et des initiatives économiques. Notre rôle est de créer les conditions favorables à l’innovation et à ses retombées concrètes, sans nous substituer aux établissements scientifiques, hospitaliers et économiques.

Une innovation en santé n’a de valeur que si elle améliore réellement la vie des patients ou le travail des soignants. Comment intégrer plus tôt ces besoins dans les projets soutenus sur le territoire, et comment mesurer cet impact au-delà des levées de fonds ou des créations d’emplois ?

Les patients et les professionnels de santé doivent être associés dès la conception des projets, puis leurs effets évalués en conditions réelles. Il faut aussi élargir notre approche à la prévention et aux déterminants de santé. La démarche One Health, qui relie santé humaine, environnement et dynamiques collectives, ouvre des perspectives importantes pour mieux anticiper les risques et agir à l’échelle de la population. Les résultats doivent se mesurer concrètement : diagnostics plus précoces, soins plus sûrs, meilleure qualité de vie, accès facilité aux traitements ou temps médical dégagé. L’innovation doit avant tout démontrer son utilité pour les patients, les soignants et la population.

Si nous refaisions cette interview dans cinq ans, quels résultats concrets vous feraient dire que Strasbourg a réussi sa stratégie d’innovation santé ?

Je souhaiterais que davantage de découvertes issues de nos laboratoires soient devenues des solutions utilisées dans les soins, que nos entreprises innovantes se soient développées et que Strasbourg ait renforcé sa place dans les coopérations européennes, notamment dans les sciences de la donnée en santé. Je voudrais également que nous ayons consolidé les liens entre recherche, hôpital et industrie, et que les progrès réalisés en matière de prévention produisent des effets mesurables. Au-delà du rayonnement scientifique et de l’activité économique, notre réussite se jugera à notre capacité à transformer les forces de Strasbourg en progrès tangibles pour les patients et les soignants.

Abdelaziz Choukri

Vice-président délégué à l’ESRI

Eurométropole de Strasbourg

À travers ces cinq priorités se dessine un même enjeu : raccourcir la distance entre recherche, innovation et pratique quotidienne. Pour Strasbourg, la réussite ne se mesurera donc pas seulement en attractivité, en investissements ou en créations d’entreprises, mais aussi dans la capacité de son écosystème à produire des améliorations mesurables pour les patients et les professionnels de santé.

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