Bien vieillir : Un projet pour favoriser l’autonomie et la santé

« Iatrogénie ». Derrière ce terme technique et peu connu du grand public, se cache une réalité très concrète : les effets indésirables causés par les soins médicaux ou les médicaments sur la santé des personnes âgées. « Chaque année en France environ 200 000 hospitalisations et une dizaine de milliers de décès seraient attribuables aux effets indésirables des médicaments », explique Philippe Cestac, chef du pôle pharmacie du CHU de Toulouse. Pour répondre à cet enjeu de santé publique, les CHU de Toulouse et Limoges, déploient depuis 2024 le projet « Stop Iatro ».

Les CHU de Toulouse et Limoges testent Stop Iatro, un projet européen pour réduire les effets indésirables des soins chez les seniors.
Les CHU de Toulouse et Limoges testent Stop Iatro, un projet européen pour réduire les effets indésirables des soins chez les seniors. (Image générée par intelligence artificielle)

Mené sur trois ans dans le cadre d’un programme européen associant le Portugal et l’Espagne, ce projet vise à limiter les effets indésirables des traitements mais aussi des soins inadaptés, notamment au cours d’une hospitalisation. « Le mot clé de notre projet c’est l’interprofessionnalité : le lien ville-hôpital. Aider les professionnels de santé, pharmaciens, médecins traitants, infirmier ou aide-soignant, à mieux travailler ensemble. Faire le lien pour avoir le plus d’informations sur le patient », souligne le Docteur Chiara Alfarano, chef de projet du programme.

Stop Iatro : un projet européen pour mieux vieillir

Au cœur de la démarche : sensibiliser les professionnels aux risques de perte d’autonomie. « La iatrogénie c’est un mot obscur mais il peut expliquer beaucoup de choses sur la qualité de vie des personnes âgées, précise-t-elle. Une personne autonome peut se voir imposer des gestes non indispensables lors d’une hospitalisation, par exemple une protection urinaire, avec des conséquences durables à la sortie, comme l’incontinence. »

Le projet s’attaque aussi au bon usage des traitements, alors que 50 % des patients âgés de plus de 65 ans prennent plus de cinq médicaments par jour. « Certains ne sont plus adaptés, comme le benzodiazepine, qui peut altérer les fonctions sphère cognitive ou entrainer une dépendance », rappelle Chiara Alfarano.

Une innovation contre les risques médicamenteux

Après une phase de diagnostic en 2024 et de formation des professionnels de santé en 2025, l’année 2026 marque le déploiement d’actions pilotes. Parmi elles, la mise en place d’outils innovants, comme des QR code remis aux pharmaciens puis sur les ordonnances, permettant aux patients de 65 ans et plus ayant une pathologie chronique, de se connecter à un jeu d’éducation thérapeutique. Objectif : mieux informer les seniors et leurs proches, et les rendre acteurs de leur traitement.

« On répond à un réel besoin, très concret pour les professionnels de santé qui ont besoin de communiquer entre eux quand ils prennent en charge un même patient », insiste le Docteur Chiara Alfarano. À terme l’ambition est d’ancrer durablement ces pratiques dans le quotidien des soignants, pour favoriser un vieillissement en meilleure santé et préserver l’autonomie le plus longtemps possible.

Céline Labesque,
Correspondante à Toulouse