Cancer et travail : à Angers, l’ICO ouvre le dialogue

À Angers, l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO) a organisé un après-midi de dialogue inédit autour d’un sujet encore trop peu outillé : la reprise durable de l’activité professionnelle pendant ou après un cancer. L’évènement s’adressait autant aux associations de patients qu’aux entreprises, partenaires sociaux, institutions publiques et élus.

L'ICO a regroupé, à Angers, soignants, entreprises, chercheurs et décideurs pour repenser la reprise du travail pendant ou après un cancer.
L’ICO a regroupé, à Angers, soignants, entreprises, chercheurs et décideurs pour repenser la reprise du travail pendant ou après un cancer. (Crédit : ON HEALTH)

Au cœur de la rencontre : la restitution des travaux de la coalition RESTART, présentée comme un premier groupe de travail européen réunissant 40 chercheurs de 12 pays sur la thématique « cancer, travail, emploi » et un échange ouvert sur les solutions concrètes à l’échelle des territoires, des organisations et des politiques publiques.

Reprendre le travail : un enjeu de santé, pas seulement d’emploi

Le message principal de l’évènement est simple : le retour au travail peut participer à la réhabilitation… à condition qu’il soit pensé, accompagné et compatible avec les capacités physiques et cognitives des personnes concernées. Cette idée est aussi portée par la recherche internationale : la professeure Christine Maheu, chercheuse à l’Institut McGill, rappelle que « le travail n’est pas considéré comme un indicateur clé de santé », alors même qu’il peut améliorer la santé et la qualité de vie… ou les dégrader, selon les conditions réelles de reprise.

« Les managers veulent bien faire… mais ne savent pas toujours comment »

La discussion a beaucoup porté sur le rôle des encadrants : indispensables dans la réussite d’un retour au travail, mais souvent mal préparés et isolés face à des situations complexes. Dans une interview réalisée à l’occasion de l’évènement, Bertrand Porro, chercheur à l’université d’Angers, résume : « les managers ont la volonté de bien faire, par contre, ils ne savent pas toujours bien faire. »

D’où l’importance, évoquée à plusieurs reprises, de créer des outils, des repères communs, et surtout de former et d’accompagner les managers.

Tout ne peut pas reposer sur le manager : la reprise se joue en équipe

Autre point fort : la reprise ne se pilote pas en solitaire. L’accompagnement doit être collectif et coordonné entre plusieurs acteurs : salarié, manager, RH, médecine du travail, soignants, collègues et parfois proches aidants. Toujours selon Bertrand Porro, l’accompagnement « ne se limite pas au malade » et doit être global, en intégrant aussi l’équipe et l’organisation du travail.

Côté littérature scientifique, une étude canadienne récente décrit la nécessité d’une collaboration entre parties prenantes et souligne qu’un style de management « humaniste » peut faciliter le retour au travail mais qu’il nécessite aussi des conditions organisationnelles et des marges de manœuvre. « L’humanisme est aussi la bonne solution pour accompagner le retour au travail des salariés », explique Alexandra Harnais, directrice générale de la fédération Amazones.

Des dispositifs encore trop méconnus… et trop variables selon les territoires

Un chiffre donne la mesure du problème : 70 % des actifs et 73 % des employeurs se disent mal informés sur la maladie. Lors de l’évènement, plusieurs intervenants ont insisté sur un besoin concret : rendre les dispositifs plus lisibles et plus cohérents d’un territoire à l’autre, pour éviter que l’accès à la bonne information dépende de la chance ou du réseau.

La recherche à l’appui : ReWork et le modèle REWORK-BC

La rencontre s’inscrit aussi dans une dynamique de recherche déjà structurée autour du programme ReWork porté par le SIRIC ILIAD (Nantes-Angers). Le modèle REWORK-BC (retour au travail après cancer du sein) vise à mieux décrire un processus dynamique, influencé par la fatigue, les traitements, l’environnement professionnel et familial et à outiller les professionnels pour une prise en charge plus personnalisée.

Théo Sainte-Marie,
Envoyé spécial à Angers