Gustave Roussy mise sur la prévention augmentée

Le centre de lutte contre le cancer Gustave Roussy franchit une nouvelle étape dans la transformation de la prévention oncologique. Son programme Interception, dédié à l’identification précoce des personnes à haut risque de cancer, vient d’obtenir un financement public de plus de six millions d’euros dans le cadre d’une expérimentation nationale.

Le centre de lutte contre le cancer Gustave Roussy poursuit le développement de son projet Interception, pour une meilleure prévention oncologique.
Le centre de lutte contre le cancer Gustave Roussy poursuit le développement de son projet Interception, pour une meilleure prévention oncologique. (Crédit : Gustave Roussy)

Alors que plus de 433 000 nouveaux cas de cancer ont été déclarés en France en 2023, les approches classiques de dépistage montrent leurs limites. Face à cette réalité préoccupante, Interception propose un changement de paradigme, en passant d’une prévention populationnelle à une prévention personnalisée, fondée sur le risque individuel. Selon les porteurs du projet, jusqu’à 30 à 40 % des cancers pourraient être anticipés chez des personnes identifiables en amont.

D’une innovation organisationnelle à une innovation technologique

L’innovation repose d’abord sur un modèle organisationnel inédit. Le programme articule médecine de ville, centres experts et suivi numérique pour construire un parcours sur mesure. Chaque patient bénéficie d’une évaluation approfondie lors d’une « journée Interception », suivie d’un plan personnalisé de prévention et de dépistage, coordonné avec son médecin traitant.

Autre levier clé : le numérique. L’application MyInterception permet un suivi à long terme, facilitant l’adhésion des patients et l’actualisation continue des recommandations. Cette hybridation entre expertise médicale et outils digitaux illustre l’émergence d’une médecine préventive augmentée.

Gustave Roussy déploie son expérimentation dans sept régions

Déployée dans sept régions françaises et impliquant plusieurs centres spécialisés, l’expérimentation vise à inclure plus de 4 000 patients d’ici 2030. Elle devra démontrer la faisabilité et l’efficacité de ce modèle, avec en ligne de mire une généralisation à plus grande échelle.

« Depuis 2021, nous avons la conviction que prévenir le cancer, c’est d’abord savoir à qui l’on s’adresse. Interception, c’est la démonstration qu’une prévention sur-mesure, ancrée dans le quotidien des patients et construite avec les professionnels de ville, est non seulement possible, mais efficace. Ce financement et cette reconnaissance nationale nous donnent les moyens de transformer cette conviction en réalité pour des milliers de personnes à travers la France », témoigne le Docteur Suzette Delaloge, oncologue médicale au sein de Gustave Roussy, directrice du programme Interception.

Au-delà du financement, Interception incarne une évolution majeure : faire de la prévention un acte ciblé, continu et piloté par la donnée. Une approche qui pourrait redéfinir durablement les politiques de santé publique face au cancer.

Antonin Tabard