Maison des femmes : quand la santé innove face aux violences

Avec l’ouverture de la Maison des femmes – Santé Côte-d’Or, le CHU Dijon Bourgogne déploie bien plus qu’un nouveau lieu de consultation : il expérimente un modèle innovant de prise en charge globale, au croisement de la santé, du social et du judiciaire. Implantée au sein de la clinique Bénigne Joly à Talant, cette nouvelle unité du service de médecine légale repense en profondeur le parcours de soins des femmes victimes de violences.

Au cœur de l'organisation de la Maison des femmes, une unité médicale pluridisciplinaire composée d'un médecin légiste, d'une infirmière, d'une pyschologue, d'une assistante sociale, d'une gynécologue et d'une sage-femme.
Au cœur de l’organisation de la Maison des femmes, une unité médicale pluridisciplinaire composée d’un médecin légiste, d’une infirmière, d’une psychologue, d’une assistante sociale, d’une gynécologue et d’une sage-femme. (Crédit : ON HEALTH)

« La Maison des femmes a ouvert le 2 juin 2025, et depuis six mois, nous avons pu aider 120 personnes, souligne le Docteur Bruno Bègue, chef du service de médecine légale du CHU Dijon Bourgogne et président de l’association Maison des femmes – Santé Côte-d’Or. Si le but n’est pas de remplacer les associations déjà présentes sur le terrain, cette nouvelle unité médicale vient améliorer la prise en charge, à la fois médicale et judiciaire, des situations de violence. Mais toutes les femmes qui viennent à la Maison des femmes ne sont pas victimes de violences. »

Maison des femmes : une innovation organisationnelle pour une meilleure prise en charge

L’innovation tient d’abord à l’organisation des soins. Sur un même site, accessible sans réquisition judiciaire, les patientes bénéficient d’un accompagnement coordonné par une équipe pluridisciplinaire : médecin légiste, infirmière, psychologue, assistante sociale, gynécologue et sage-femme. Cette approche intégrée permet de rompre avec la logique de parcours fragmentés, souvent vécus comme une nouvelle épreuve par les victimes. Ici, le soin médical, l’évaluation psychologique, l’accompagnement social et l’orientation judiciaire sont pensés comme un continuum.

« C’est un parcours du combattant quand on est face aux violences et qu’on essaie de s’en sortir. La Maison des femmes permet d’avoir une prise en charge pluridisciplinaire et une prise en charge prsychologique au long cours. Et quelque chose qui a été vraiment positif, qui m’a permis de pouvoir venir sans frein, c’est le fait que la structure accueille les jeunes enfants », témoigne une patiente victime de violences conjugales.

Autre avancée majeure : l’interconnexion des parcours. Santé sexuelle, violences conjugales et prise en charge des mutilations sexuelles féminines ne sont plus traitées en silos. Cette « intercommunicabilité » favorise le repérage précoce des violences et limite les ruptures de suivi, un enjeu clé de santé publique. La Maison des femmes devient ainsi un lieu de prévention autant que de réparation.

Un dispositif du CHU Dijon Bourgogne dans la mouvance de ReStart

L’innovation est aussi territoriale. En s’appuyant sur un comité partenarial réunissant acteurs hospitaliers, collectivités, forces de l’ordre, justice et associations, le dispositif s’inscrit dans un véritable écosystème de prise en charge. Le pack « Nouveau Départ », porté par le Conseil départemental, illustre cette logique en articulant soins, hébergement, insertion professionnelle et autonomie financière.

En rejoignant le collectif national ReStart, la Maison des femmes – Santé Côte-d’Or s’inscrit enfin dans un mouvement de diffusion d’un modèle hospitalier innovant, initié à Saint-Denis en 2016. Une innovation humaine avant tout, qui replace la confiance, la dignité et la continuité des soins au cœur du système de santé.

Ce reportage a été réalisé en partenariat avec le CHU Dijon Bourgogne.