Éco-soin : la Bretagne trace la voie d’une santé plus durable

Le CHU de Rennes – Pontchaillou a accueilli ce mardi 4 novembre 2025 la deuxième Journée régionale des éco-soins, un rendez-vous devenu incontournable pour les acteurs bretons de la santé. Près de 200 participants professionnels de santé, ingénieurs, chercheurs et institutionnels se sont réunis autour d’un même objectif : “agir en faveur de la pertinence, la qualité et l’écologie des soins”

Un collectif breton mobilisé

Après une première édition de la journée éco-soin à Saint-Brieuc en 2024, un collectif régional pour les soins écoresponsables nommé Agir Durablement en Santé Bretagne (ADSB) s’est structuré. Il réunit l’ARS Bretagne, l’Assurance Maladie, l’Inter-URPS, le CHU de Rennes, l’EHESP, le GCS Achats Santé Bretagne et l’OMEDIT. Ensemble, ils portent la même ambition : faire de la Bretagne un territoire pilote de la transition écologique du système de santé.

Le CHU de Rennes a hébergé la deuxième journée régionale des éco-soins.
Le CHU de Rennes a hébergé la deuxième journée régionale des éco-soins. (Crédit : ON HEALTH)

« Le secteur de la santé représente 8 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, rappelle Céline Castelain-Jedor, directrice adjointe de l’hospitalisation à l’ARS Bretagne. Notre défi est double : adapter le système de santé aux effets du changement climatique et réduire son empreinte. »

Innover autrement : sobriété et coopération

Les tables rondes ont exploré des champs très concrets : éco-prescription, santé environnementale, usage des médicaments et des molécules, pilotage carbone et mise en œuvre des nouveaux critères de soins écoresponsables par la HAS.

« L’innovation, ce n’est pas seulement de développer une nouvelle technologie. C’est aussi repenser nos gestes, nos circuits et surtout nos coopérations », résume Julien Brunier, président de l’ADSB et directeur de projet transition écologique à l’EHESP.

Tables rondes, ateliers de travail... Les acteurs breton de la santé ont réfléchi ensemble à la santé de demain.
Tables rondes, ateliers de travail… Les acteurs breton de la santé ont réfléchi ensemble à la santé de demain. (Crédit : ON HEALTH)

Dans les blocs opératoires mais également dans les cabinets médicaux les pratiques évoluent. Plusieurs établissements testent des kits réutilisables et optimisent la préparation des paniers d’intervention. En médecine de ville, la télé-expertise et la limitation des prescriptions inutiles réduisent les déplacements et le gaspillage. Et partout, la question de la formation revient : comment donner aux futurs soignants les bons réflexes ?

« Les soignants sont souvent les premiers moteurs du changement, observe Anne Kittler, directrice générale adjointe du CHU de Rennes. Ils expérimentent, bricolent, partagent leurs réussites, notre rôle est d’accompagner cette dynamique. »

Des outils pour mesurer et piloter

Pour passer du constat à l’action, les acteurs s’appuient sur des outils concrets : Carebone, développé à l’AP-HP, permet d’évaluer l’empreinte carbone d’un acte de soin, le GCS Achats Santé Bretagne expérimente l’analyse de cycle de vie des dispositifs médicaux, des bilans carbone pour les centres hospitaliers deviennent la norme et les ateliers “2 Tonnes” sensibilisent les équipes aux leviers individuels et collectifs.

« Ce que l’on ne mesure pas, on ne le pilote pas, insiste Sébastien Taillemite, président d’Ecovamed. L’enjeu, c’est de disposer de données communes pour transformer durablement nos organisations. »

Une dynamique culturelle avant tout

L’éco-soin ne se résume pas à des protocoles : c’est une culture émergente, qui reconnecte sens du soin et responsabilité environnementale. « Le meilleur éco-soin, c’est parfois celui qu’on n’a pas eu besoin de réaliser », explique une participante, clin d’œil aux démarches de pertinence des actes.

Pour Marc-Antoine Potin, élu URPS, cette mutation n’est pas une contrainte : « C’est une nouvelle façon d’exercer : plus juste, plus sobre et plus humaine. »

Théo Sainte-Marie,
Envoyé spécial à Rennes.