Prise en charge du myélome multiple : vers moins de chimiothérapie ?

Un essai clinique académique, porté par le Professeur Aurore Perrot, hématologue du CHU de Toulouse à l’Oncopole et l’Intergroupe Francophone du Myélome, remet en question le traitement utilisé chez les patients de moins de 66 ans atteints de myélome multiple. Publié dans le New England Journal of Medicine le 3 juin dernier, l’essai Midas explore une nouvelle stratégie thérapeutique personnalisée. Cette approche innovante marque un tournant considérable et pourrait s’imposer comme une nouvelle référence dans la prise en charge des patients.

Un essai clinique académique, porté par le Professeur Aurore Perrot, hématologue du CHU de Toulouse à l’Oncopole et l’Intergroupe Francophone du Myélome, remet en question le traitement utilisé chez les patients jeunes atteints de myélome multiple.
Un essai clinique académique, porté par le Professeur Aurore Perrot (au centre), remet en question le traitement utilisé chez les patients jeunes atteints de myélome multiple. (Crédit : CHU de Toulouse)

« Au-delà de l’avancée majeure que représente l’étude Midas dans la prise en charge de nos patients atteintes de myélome multiple, je tiens à souligner la contribution majeure des équipes toulousaines. Le CHU de Toulouse a été le premier centre recruteur de l’étude sur le site de l’Oncopole. Il s’est illustré par l’implication de son équipe médicale et paramédicale d’hématologie, du Bureau d’études cliniques hématologie et du laboratoire UGM dirigé par le Professeur Jill Corre, en charge des analyses de MRD. Cette performance témoigne de l’excellence toulousaine en hématologie clinique et en recherche translationnelle, au service de l’innovation thérapeutique et de la médecine personnalisée », souligne le Professeur Aurore Perrot.

Diminuer la chimiothérapie pour mieux soigner le myélome multiple

Si le myélome multiple est la deuxième hémopathie maligne la plus répandue en France, avec plus de 5000 nouveaux cas par an, le protocole standard actuel chez les patients de moins de 66 ans repose sur une thérapeutique d’induction composée de quatre médicaments (quadruplet), suivie d’une chimiothérapie intensive avec autogreffe de cellules souches et d’un traitement de maintenance. L’étude est partie du constat que l’efficacité croissante des traitements quadruplets interrogeait la nécessité de l’autogreffe systématique, notamment chez les patients bons répondeurs, avec une survie sans progression médiane de plus de 15 ans.

Au total, 791 patients ont été inclus dans 70 centres franco-belges en seulement 18 mois, pour observer les bénéfices de l’autogreffe. Finalement, les résultats de la comparaison des taux de maladie résiduelle après consolidation apportent deux enseignements majeurs. Chez les patients bons répondeurs, aucune différence n’a été observée entre ceux ayant reçu une autogreffe et ceux ayant poursuivi leur traitement sans autogreffe. Par ailleurs, chez les patients moins bons répondeurs, une seule autogreffe semble aussi efficace qu’une double autogreffe, avec même une tendance en faveur de la simple autogreffe. Toutefois, des données de suivi à plus long terme sont nécessaires pour confirmer ces résultats et pouvoir adapter au mieux l’intensité du traitement au profil de chaque patient.

Antonin Tabard