Quand l’immunothérapie s’attaque aux virus

Après la cancérologie, les anticorps monoclonaux s’apprêtent-ils à révolutionner la prise en charge des infections virales ? C’est en tout cas l’ambition de potravitug, un candidat-médicament développé par la biotechnologie suisse Memo Therapeutics (récemment rachetée par Ipsen) contre le polyomavirus BK (BKPyV), une infection qui menace chaque année des milliers de patients transplantés rénaux.

En rachetant la biotech suisse Memo Therapeutics, Ipsen s'attaque aux polyomavirus et ouvre une nouvelle voie à l'immunothérapie.
En rachetant la biotech suisse Memo Therapeutics, Ipsen s’attaque au polyomavirus et ouvre une nouvelle voie à l’immunothérapie. (Crédit : Ipsen)

Chez les personnes greffées, les traitements immunosuppresseurs indispensables pour éviter le rejet du greffon favorisent parfois la réactivation de ce virus, présent à l’état latent chez une grande partie de la population. Lorsqu’il se réveille, le BKPyV peut provoquer une néphropathie sévère et compromettre durablement la survie du greffon. Pourtant, il n’existe aujourd’hui aucun traitement antiviral spécifiquement approuvé contre cette infection. Les médecins n’ont souvent d’autre choix que de réduire l’immunosuppression, au risque d’exposer le patient à un rejet de la greffe.

Une immunothérapie contre le polyomavirus ?

C’est précisément cette impasse thérapeutique que pourrait lever potravitug. Cet anticorps monoclonal neutralise directement le virus afin d’empêcher sa propagation et de préserver la fonction rénale, sans remettre en cause le traitement immunosuppresseur. Les premiers résultats cliniques sont encourageants : ils montrent une diminution de la charge virale et des lésions rénales associées au BKPyV, ouvrant la voie à une étude pivot de phase II/III. Le candidat bénéficie également du statut Fast Track de la Food and Drug Administration (FDA), réservé aux innovations répondant à un besoin médical majeur.

Convaincu du potentiel de cette approche, le laboratoire Ipsen vient de renforcer son portefeuille de maladies rares en intégrant la biotech suisse Memo Therapeutics, à l’origine de cette innovation. Au-delà de cette opération, c’est surtout une nouvelle génération d’immunothérapies antivirales qui se dessine. En ciblant avec précision les virus responsables de complications graves chez les patients les plus fragiles, ces anticorps pourraient inaugurer une nouvelle ère de la médecine de transplantation, où la protection du greffon ne passerait plus uniquement par le contrôle du système immunitaire, mais aussi par une lutte ciblée contre les agents infectieux.

Antonin Tabard

Privacy Preference Center