Hypertension intracrânienne : le cerveau dévoile son système de drainage

Et si une simple veine cérébrale détenait la clé d’une maladie neurologique encore largement méconnue ? Des chercheurs de l’Institut du Cerveau viennent de franchir une étape importante dans la compréhension de l’hypertension intracrânienne idiopathique (HTICI), une pathologie rare qui provoque une augmentation anormale de la pression à l’intérieur du crâne, sans cause identifiable.

Des chercheurs de l’Institut du Cerveau révèlent le rôle du flux veineux cérébral dans l’hypertension intracrânienne et ouvrent de nouvelles pistes thérapeutiques.
Des chercheurs de l’Institut du Cerveau révèlent le rôle du flux veineux cérébral dans l’hypertension intracrânienne et ouvrent de nouvelles pistes thérapeutiques. (Crédit : Institut du Cerveau)

Jusqu’à présent, les médecins constataient qu’un stent permettant de dilater une veine cérébrale rétrécie soulageait efficacement les patients, sans comprendre précisément pourquoi. Publiés dans Nature Neuroscience, les travaux de l’équipe de Stéphanie Lenck et Jean-Léon Thomas apportent aujourd’hui une explication scientifique à cette efficacité clinique.

Hypertension intracrânienne : le cerveau dévoile son système de drainage

Grâce à une approche combinant IRM de haute précision chez 16 patientes et modèle expérimental chez la souris, les chercheurs démontrent que le flux sanguin dans les sinus veineux contrôle directement le fonctionnement des vaisseaux lymphatiques méningés, essentiels à l’évacuation des fluides cérébraux. « Quand la pression intracrânienne est très élevée, les patients sont traités en urgence pour préserver leur vision. Mais les autres symptômes, comme les troubles du sommeil, de l’attention ou la fatigue chronique, sont souvent négligés alors qu’ils altèrent profondément leur qualité de vie », souligne Stéphanie Lenck, neuroradiologue interventionnelle à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et chercheuse à l’Institut du Cerveau.

Les travaux montrent que lorsque les sinus veineux se rétrécissent, la circulation des fluides est perturbée. Le liquide céphalorachidien s’accumule, entraînant une augmentation de la pression intracrânienne. « Ces petits vaisseaux lymphatiques sont extrêmement dépendants de leur environnement. Ils ne fonctionnent correctement que si le flux sanguin dans les grosses veines de la dure-mère est normal », explique Jean-Léon Thomas, chercheur à l’Inserm et à l’université Yale.

Le flux sanguin cérébral au cœur d’une nouvelle piste thérapeutique

Au-delà de l’HTICI, cette découverte ouvre des perspectives bien plus larges. Les lymphatiques méningés participent également au fonctionnement du système glymphatique, chargé d’éliminer les déchets du cerveau pendant le sommeil. « Nos résultats pourraient aussi éclairer les mécanismes du sommeil, période durant laquelle ce système de nettoyage cérébral est particulièrement actif », ajoute Jean-Léon Thomas.

Ces travaux pourraient ainsi déboucher sur de nouvelles approches thérapeutiques dans plusieurs maladies neurologiques, des maladies neurodégénératives à la sclérose en plaques. Ils contribuent également à une meilleure reconnaissance de cette pathologie encore sous-diagnostiquée. Comme le rappelle Stéphanie Lenck, « il faut considérer l’HTICI comme une véritable maladie neurologique, et écouter davantage les patientes qui en décrivent très bien les effets au quotidien ».

Antonin Tabard

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