Redeem Medical : l’innovation qui veut industrialiser le réemploi des attelles

À Nantes, Redeem Medical ne se contente pas de recycler : la start-up construit une filière sécurisée et traçable de remise en bon état d’usage d’attelles et d’orthèses, rendue possible par un cadre réglementaire récent. Une innovation à la croisée de la santé, de l’industrie et de l’environnement dans l’esprit One Health.

Une innovation de santé… qui commence par une question simple : que faire des attelles ?

Le point de départ est banal : une entorse, une attelle portée deux ou trois semaines… puis l’objet disparaît dans un placard ou part à la poubelle. Redeem met un chiffre sur ce gisement invisible : « six millions d’attelles sont vendues chaque année… 60 millions dorment dans des placards », résume sa cofondatrice Clémence Cornet.

REDEEM-MEDICAL transforme des millions d’attelles inutilisées en dispositifs reconditionnés, sécurisés et traçables, grâce à un nouveau cadre réglementaire. (Crédit : ON HEALTH)

L’innovation de Redeem, c’est de transformer ce déchet potentiel en ressource de soin, sans compromis sur la sécurité : collecte organisée, process de nettoyage/désinfection, reconditionnement et identification avant remise sur le marché.

One Health : quand l’environnement devient un sujet de soins

L’approche One Health est définie par l’OMS comme une démarche intégrée visant à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes.

Redeem s’inscrit clairement dans cette logique, en permettant l’accès à des dispositifs conformes à la prescription, tout en maintenant un haut niveau d’exigence sanitaire (désinfection, traçabilité, cadre certifiable), mais aussi en réduisant le gaspillage et l’empreinte liée à la fabrication, ainsi qu’au transport (Redeem avance une baisse d’impact de 30 à 50 %). Enfin, sur le volet soutenabilité du système, Redeem Medical annonce une baisse de prix de l’ordre de 20 % et répond ainsi aux enjeux budgétaires.

Le verrou qui saute : un cadre légal pour la remise en bon état d’usage

Pendant longtemps, le réemploi de dispositifs médicaux à usage individuel était bloqué par l’absence de cadre opérationnel. Le décret du 17 mars 2025 vient précisément encadrer la remise en bon état d’usage : définition juridique, exigences de pratiques, certification des acteurs et mise en place d’un registre/système d’information pour la traçabilité. C’est ce changement qui rend crédible une filière industrielle.

Une innovation “de filière” : collecte, process, traçabilité, industrialisation

Redeem déploie des bornes dans des établissements de santé et des pharmacies, puis traite les dispositifs récupérés : tri, nettoyage selon les normes sanitaires, désinfection, reconditionnement et ajout d’un code d’identification. « Nous ne nous arrêterons pas aux attelles, nous voulons nous diversifier. Notre ambition est claire : faire de la France le fer de lance dans le réemploi en santé », souligne Clémence Cornet.

L’entreprise est aujourd’hui implantée dans le bâtiment Gina, présenté par l’écosystème nantais comme un hub de l’innovation en santé et une première brique de l’archipel d’innovation en santé globale. « Nantes métropole se positionne grâce à Gina et à l’Atlanpole comme le centre de l’innovation santé en France », explique Guillaume Perret Du Cray, cofondateur de Redeem médical.

Passer à l’échelle : 2 000 points de collecte et une levée de fonds

Redeem veut maintenant sortir du prototype territorial. Objectif affiché : « Nous visons 2 000 points de collecte d’ici trois ans », explique Guillaume Perret du Cray.

Pour industrialiser, la start-up bénéficie aussi d’un soutien public : Nantes Métropole indique une aide de 72 000 euros via son fonds d’appui aux innovations de réemploi.

Sur le remboursement, Redeem exprime une attente : l’entreprise espère une évolution en 2026 avec une ligne incitative pour favoriser la délivrance d’attelles reconditionnées.

Théo Sainte-Marie,
Correspondant à Nantes.