Une cellule méconnue révolutionne la lutte contre Alzheimer

Une découverte scientifique majeure dans la compréhension de la maladie d’Alzheimer ouvre la voie à de nouvelles pistes d’innovation thérapeutique. Une équipe de recherche française, menée par des chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Lille et du CHU de Lille, a identifié pour la première fois un rôle clé de cellules cérébrales encore peu étudiées dans le développement et la progression d’Alzheimer : les tanycytes.

Les tanycytes (en blanc) capturent la protéine impliquée dans le développement de la maladie d'Alzheimer (en rouge) circulant dans le liquide céphalo-rachidien pour la transporter le long de leurs prolongements qui traversent le tissu cérébral et entrent en contact avec les vaisseaux sanguins (en vert).
Les tanycytes (en blanc) capturent la protéine impliquée dans le développement de la maladie d’Alzheimer (en rouge) circulant dans le liquide céphalo-rachidien pour la transporter le long de leurs prolongements qui traversent le tissu cérébral et entrent en contact avec les vaisseaux sanguins (en vert). (Crédit : Vincent Prévot / Inserm)

Les tanycytes sont de petites cellules spécialisées situées dans le cerveau, déjà connues pour réguler certains échanges entre le système sanguin et le liquide céphalo-rachidien. Ces échanges sont essentiels au bon fonctionnement du cerveau, notamment pour éliminer des protéines potentiellement toxiques. Jusqu’à présent, leur implication dans les mécanismes de la maladie d’Alzheimer n’avait jamais été démontrée.

Tanycytes contre Tau : solution contre Alzheimer ?

L’étude, publiée récemment dans la revue Cell Press Blue, montre que ces cellules capturent la protéine Tau, dont l’accumulation anormale est une caractéristique biologique majeure de la maladie, dans le liquide céphalorachidien, puis la transfèrent vers le sang. Chez des modèles animaux, le blocage du fonctionnement des tanycytes entraîne une réduction de l’évacuation de Tau et accélère l’apparition de symptômes de démence caractéristiques de la maladie.

Plus frappant encore, l’équipe a observé que la structure des tanycytes est altérée dans le cerveau de personnes décédées de la maladie d’Alzheimer, suggérant que leur dysfonctionnement pourrait contribuer à l’accumulation pathologique de Tau chez l’humain. Cette altération n’a pas été retrouvée dans d’autres types de démences, ce qui renforce l’idée d’un lien spécifique avec la pathologie d’Alzheimer.

Vers une nouvelle cible thérapeutique

Pour les experts en innovation santé, cette découverte est doublement prometteuse : elle enrichit notre compréhension des processus biologiques à l’origine d’Alzheimer, et elle identifie une nouvelle cible cellulaire potentielle pour des stratégies thérapeutiques futures. En effet, si l’on peut préserver ou restaurer la fonction des tanycytes, il pourrait être possible d’améliorer l’élimination de Tau avant que la neurodégénérescence ne devienne irréversible.

Alors que les traitements actuels contre Alzheimer restent limités, cette avancée ouvre une nouvelle ère d’innovations médicales, plaçant les échanges entre liquide céphalorachidien et sang au cœur de la lutte contre cette maladie dévastatrice.

Antonin Tabard