Cancer : le vaccin bisontin qui réveille les « officiers » de l’immunité

Le 20 octobre, à Paris, l’équipe du CHU de Besançon a fait le point sur UCPVax, son vaccin thérapeutique contre le cancer. Des résultats encourageants, un calendrier fixé et un appel aux dons de 6 millions d’euros.

« Quand nous avons lancé UCPVax, en 2010, notre pari était simple : réveiller les « officiers » de l’immunité, les lymphocytes T CD4, pour qu’ils organisent l’attaque contre la tumeur. »

Seize ans plus tard, le Pr Olivier Adotevi, immuno-oncologue au CHU Besançon Franche-Comté, dresse un premier bilan.

Pr Olivier Adotevi – Crédit : CHU Besançon

Une armée et ses officiers

Oubliez le vaccin contre la grippe. UCPVax ne protège pas les bien-portants : il s’injecte à des malades, pour aider leur corps à se battre. « Le système immunitaire est comme une armée, résume le Pr Adotevi. Notre vaccin stimule les officiers, pour qu’ils ordonnent à tous les soldats d’attaquer la tumeur. » La cible ? La télomérase, l’enzyme qui permet aux cellules cancéreuses de se multiplier sans fin. Presque toutes les tumeurs l’utilisent, d’où le surnom de « vaccin universel ». Et il est fabriqué par la pharmacie du CHU. Cocorico. Coût estimé : quelques milliers d’euros, contre des dizaines de milliers pour les vaccins personnalisés.

Des signaux dans quatre cancers

Plus de 300 patients ont été traités ou inclus. Bien toléré, le vaccin a fait réagir 80 % d’entre eux. Dans le cancer du poumon avancé, ceux dont les défenses ont répondu ont vécu deux fois plus longtemps. Dans les cancers liés au papillomavirus, six rémissions complètes ont été observées. Un essai se poursuit dans le cancer du foie. Et dans le glioblastome, la tumeur du cerveau la plus agressive, huit patients étaient en vie deux ans après le traitement.

Wanda Agnello a entendu ce mot tomber, « froid et brutal », en 2022. Sa tumeur était grosse comme une clémentine. En janvier 2023, elle entre dans l’essai. « J’accepte sans hésiter. » Depuis, aucune récidive. « L’espoir renaît. » Son association, Neuro Vie, a déjà versé 8 200 € à l’équipe bisontine.

Oui mais voilà. Un signal n’est pas une preuve. « Ces signaux doivent être confirmés à grande échelle », prévient le Pr Adotevi. Un essai de 98 patients va démarrer dans huit centres, dont Dijon, avant une phase III d’environ 250 malades. Cap sur 2029 pour un accès précoce dans le glioblastome, puis sur 2032 pour la mise sur le marché.

6 millions à trouver

Confirmer coûte cher. D’où une levée de fonds de 6 millions d’euros. « UCPVax est né de la recherche publique, et nous souhaitons qu’il le reste », insiste le Pr Adotevi. Le Crédit Agricole ouvre la marche avec 1,5 million. Chacun peut donner via le Fonds Phisalix du CHU, avec 66 % de réduction d’impôt. « Derrière chaque chiffre, il y a des patients… et beaucoup d’espoir. »

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