Le Grand Témoin : Arthur Thirion, directeur général de Resilience Care

Le congrès de l’ESMO, rendez-vous européen incontournable de l’oncologie, s’est cette année à Berlin du 17 au 21 octobre. Chercheurs, cliniciens et acteurs de santé s’y sont réunis pour partager les dernières avancées scientifiques et cliniques. À cette occasion, Resilience Care, acteur majeur de la télésurveillance multi pathologies et partenaire de la recherche clinique, a présenté cinq posters, confirmant la pertinence scientifique de ses travaux et illustrant sa capacité à fournir des preuves de son impact sur la prise en charge des patients. Explications avec Arthur Thirion, son directeur général.

Après quelques années à la tête de Doctolib, Arthur Thirion a pris la direction de Resilience Care.
Après quelques années à la tête de Doctolib, Arthur Thirion a pris la direction de Resilience Care. (Crédit : Resilience Care)

ON HEALTH : Arthur Thirion, vous aviez rejoint Doctolib un an après la création de cette start-up aujourd’hui devenue licorne. Vous avez depuis avril rejoint Resilience Care en tant que directeur général. Le spécialiste de la télésurveillance en oncologie était cette semaine à l’ESMO. Quel est l’enjeu pour vous de cette présence ?

Arthur Thirion, directeur général de Resilience Care : L’ESMO est un événement incontournable pour les acteurs de l’oncologie. C’est l’occasion pour nous de rencontrer et d’échanger directement avec toutes les parties prenantes : oncologues, chercheurs, acteurs de l’industrie. Nous pouvons partager et découvrir les dernières innovations en matière de traitement du cancer, et bien sûr présenter nos solutions et nos dernières données. Cette année, plusieurs de nos abstracts ont été acceptés pour des présentations en poster. Cela illustre la pertinence scientifique de nos travaux, notre capacité à fournir des preuves de notre impact sur la prise en charge des patients et à contribuer à la recherche clinique.

Justement, vos équipes y ont présenté cinq posters scientifiques. Pouvez-vous nous en parler ?

Oui effectivement, nous avons présenté un premier poster portant sur les actes complexes et la mise en place d’un score, basé sur les vulnérabilités sociales et comportementales liées à la santé, permettant d’identifier les patients les plus à risque de développer des effets indésirables graves. Cet outil aide les professionnels de santé à cibler plus efficacement les ressources nécessaires pour ces patients et favorise une meilleure prise en charge financière de leurs soins. Notre étude porte sur plusieurs milliers de patients télésuivis en France. Un deuxième poster traitait le sujet de l’illectronisme, avec une étude qui explore l’adhérence des patients peu familiers du numérique à la télésurveillance. Elle décrit l’impact de ce suivi en comparaison à des patients plus digitalisés. Nous avions un troisième poster qui portait sur l’impact de la télésurveillance sur la malnutrition et la corrélation avec ce qu’on appelle le score MUST. C’est un score de malnutrition que nous avons intégré, dans le cadre d’une collaboration avec Nutricia, pour évaluer le risque de dénutrition chez les patients atteints de cancer. Nous avons également présenté un poster sur les disparités de genre face au cancer, un sujet qui est particulièrement d’actualité. L’étude explore les fragilités spécifiques liées au genre et les profils de symptômes différenciés. Enfin, nous présentions un e-poster sur notre essai en cours Resilience Care – 102 (RC-102).

Cet essai clinique, Resilience Care – 102… De quoi s’agit-il ?

Nous avons lancé en avril dernier l’étude RC-102, un essai clinique multicentrique, randomisé contrôlé comparant la télésurveillance via notre dispositif, à un suivi conventionnel. Il s’agit d’une étude d’envergure puisque nous prévoyons l’inclusion de plus de 1400 patients atteints de cancer recevant tout type de traitement systémique. Nous menons l’étude dans 45 établissements en France, en Belgique et en Allemagne. Notre objectif principal est d’évaluer l’impact sur l’amélioration de la qualité de vie mais nous avons également des objectifs secondaires sur l’évaluation des bénéfices en termes de morbidité, sur le plan médico-économique, sur la satisfaction et l’expérience des patients et professionnels de santé. Le poster présenté à l’ESMO a permis de faire un point sur l’état d’avancement de l’essai.

À travers les outils que vous développez, vous récupérez un certain nombre de données, à quoi vous servent ensuite ces données de santé en vie réelle ?

Effectivement, les outils d’ePROs comme la télésurveillance vont générer en temps réel une source de données importante.

Le partage des symptômes et effets secondaires du patient en temps réel, et de manière automatisée, avec l’équipe médicale permet une prise en charge clinique pro-active du patient pendant la durée de son parcours. La télésurveillance en routine permet en effet une identification précoce des signes et symptômes pour une prise en charge anticipée des complications, apportant une aide précieuse à la décision médicale et ainsi, permettant la baisse du recours aux urgences et de la durée d’hospitalisation, l’augmentation de la durée du traitement, l’amélioration de la qualité de vie et de la survie globale.

Les données de vie réelle collectées et standardisées via la télésurveillance (PRO-CTCAE) permettent en parallèle une caractérisation fine et continue des patients, notamment dans le suivi des toxicités des traitements et de la qualité de vie. La structuration et l’analyse de ces données est clé dans l’optimisation de l’évaluation de l’impact des traitements en vie réelle, et ce pour garantir leur sécurité et efficacité sur de plus larges populations et des durées plus importantes. Nous souhaitons mettre ces données au service de la recherche clinique pour faire avancer l’innovation thérapeutique.

Notre solution est déployée dans le cadre de plus de 20 études cliniques académiques ou industrielles.

« Nous travaillons main dans la main avec des hôpitaux, des centres académiques et des acteurs de l’industrie pour explorer et démontrer la pertinence des outils numériques dans l’amélioration du soin et de la recherche. »

Nous collaborons également avec des acteurs de l’industrie et les plus grands centres de lutte contre le cancer, comme Gustave Roussy, sur des essais de Phase précoce (I-II) dans lesquels notre solution est mise à disposition pour améliorer l’engagement des patients et générer des informations en temps réel afin de réduire les risques des essais et accélérer les délais. L’un des enjeux majeurs dans le cadre des essais précoces est de gagner en précision dans la définition optimale de la dose de traitement, de limiter les toxicités dans le temps et d’évaluer des effets secondaires sous-estimés ou non détectés dans le cadre d’un suivi classique.

L’intégration d’outils digitaux et de l’IA offre de nouvelles perspectives en routine clinique et en recherche. La donnée patient est au cœur de notre approche, et c’est grâce à elle que nous ferons évoluer les parcours de soins et avancer la recherche au bénéfice des patients.

Quel est l’objectif finalement de Resilience Care ?

Nous avons débuté par la télésurveillance en oncologie. Notre vision s’étend aujourd’hui à plusieurs pathologies, avec l’ambition de devenir leader dans la prise en charge des maladies chroniques. Nous sommes également présents en gastroentérologie, avec une solution de télésurveillance dédiée aux MICI, et en psychiatrie, pour les patients atteints de troubles de l’humeur. Notre ambition est de permettre à chaque patient de bénéficier d’une médecine personnalisée en mettant la donnée au service du soin et de l’innovation thérapeutique.

« Nous voulons que tous les patients puissent avoir accès à une prise en charge de qualité, efficace, et recevoir le bon soin, au bon moment. »

À votre prise de fonction, vous avez notamment parlé de la notion « d’innover pour mieux soigner »…

Oui, depuis sa création il y a près de cinq ans, Resilience Care s’est donnée pour mission de mieux soigner. C’est ce qui nous guide toujours aujourd’hui. Nous mettons tous nos efforts pour continuer d’innover au service des soignants et des patients. Nous sommes convaincus que la technologie et les outils numériques, et notamment la télésurveillance en permettant un lien continu soignant-soigné et la collecte de données en vie réelle, sont un levier indispensable pour mieux comprendre les patients et transformer leurs parcours de soins.

Propos recueillis par Antonin Tabard