Le Grand Témoin : Francky Trichet, vice-président de Nantes Métropole

Avec un quartier entièrement dédié à la santé, Nantes veut incarner une approche « globale » de la santé : un lieu où se réunissent chercheurs, praticiens, étudiants en santé et entrepreneurs pour répondre ensemble aux défis d’accès aux soins. Depuis l’inauguration du bâtiment Gina le 19 juin dernier, ce nouveau quartier de la santé a accueilli ses premiers locataires, parmi lesquels Doctolib, qui a choisi Nantes pour installer son nouveau siège social. Explications avec Francky Trichet, vice-président de Nantes Métropole, en charge de l’innovation.

ON HEALTH : Francky Trichet, nous avions eu l’occasion de nous rencontrer il y a quelques mois à Nantes, vous êtes vice-président de Nantes Métropole en charge de l’innovation. Nantes, métropole innovante ?

Francky Trichet, vice-président de Nantes Métropole, en charge de l’innovation : Oui, et pas seulement sur le papier : Nantes assume une ambition forte d’innovation utile et responsable, au service des transitions sociétales, environnementales et économiques. Les projets structurants pour l’innovation que nous portons sont la traduction physique et stratégique de notre volonté d’expérimenter, de fédérer, d’accélérer.

L’innovation irrigue plusieurs domaines : santé, mobilité, énergie, numérique, alimentation, inclusion… Elle se déploie via des projets stratégiques portés par la Direction recherche innovation enseignement supérieur de Nantes Métropole, en appui aux établissements d’enseignement supérieur, aux DeepTech, aux start-up et aux consortiums publics-privés.

Ce qui fait la force de Nantes, c’est sa capacité à connecter les talents, les univers et les échelles : de l’idée au prototype, du prototype à l’usage, de l’usage à la transformation des politiques publiques. En cela, Nantes est une métropole innovante par les projets, mais surtout par les alliances qu’elle crée. L’expérimentation est pour nous un accélérateur d’innovation au service de ville durable et inclusive.

Lors de notre rencontre, c’était le grand jour, celui de l’inauguration de Gina. Finalement, Station S, c’est quoi ?

On utilise dorénavant l’image d’« archipel » d’innovation santé pour désigner ce projet, qui permet de mieux imager les notions multisites (Île de Nantes et Bioparc de St-Herblain), connectivité et écosystème. C’est un projet structurant de la métropole nantaise pour faire de la santé un majeur d’innovation et de développement économique. Il désigne un ensemble de lieux dédiés à l’innovation en santé, porté collectivement par Nantes Métropole, le CHU de Nantes, Nantes Université, Atlanpole, Atlanpole Biotherapies et la CCI Nantes Saint-Nazaire.

Son ambition : faire émerger à Nantes un pôle d’excellence européen en santé du futur, en connectant recherche, formation, innovation et soins.

GINA, inauguré en 2025 est un des hôtels d’entreprises de ces îlots d’innovation en santé, il accueille déjà 25 structures. Dans le continuum de nos hôtels d’entreprises comme Nantes Biotech, Bio Ouest îles de Nantes et Bio Ouest Laënnec qui accueillaient déjà une dizaine de structures, ce n’est qu’un début : 30 000 mètres carrés seront développés sur l’Île de Nantes, et 100 000 mètres carrés à Saint-Herblain dans le futur Bioparc de la santé.

Depuis, l’archipel d’innovation santé a vu arriver de grands noms, à l’image de Doctolib… Où en sommes-nous ?

Le projet connaît une dynamique forte. Des acteurs majeurs comme Doctolib, mais aussi des grands comptes de la radiopharmaceutique comme Framatome et Curium ont confirmés leur implantation sur le territoire. D’autres acteurs étrangers commencent à se manifester, les entreprises souhaitent s’implanter sur des territoires qui soutiennent l’innovation à travers du foncier et de l’immobilier économique abordable, connecté à l’international, qui offre un bassin d’employabilité qualifié et où il fait bon vivre.

Avec un parcours de résidence de l’innovation en santé qui permet d’accueillir tous les stades de maturité technologique avec des services dédiés, au plus proche du CHU de Nantes et de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest, le projet d’archipel d’innovation santé S permet un développement plus large : la création d’une véritable résidence foncière pour l’innovation en santé, de la paillasse au site de production.

Comment expliquez-vous cette dynamique ?

C’est une stratégie pensée et construite depuis plusieurs années. Le projet s’appuie sur : Une excellence académique dans des domaines stratégiques, tels que les sciences du numérique en santé, médecine personnalisée, immunothérapie, bio production, thérapie génique, hématologie, radio oncologie, électronique médicale, fabrication additive, robotique médicale, prévention, longévité, santé mentale et microbiote ; Un écosystème déjà mature, avec 10 000 étudiants en santé, 2000 chercheurs en santé, 200 entreprises santé, 35 000 emplois, 1,5 milliard d’euros de chiffres d’affaires en 2023 ; Un accompagnement concret, avec des espaces modulables, des loyers abordables et des services dédiés à l’innovation ; Un soutien financier fort : plus de trois millions d’euros de subventions via le Fonds d’Innovation en Santé Globale depuis 2020, un soutien de sept millions d’euros à la filière radiopharmaceutique depuis 2008 et 700 000 euros pour expérimenter les usages dans le cadre du Nantes City Lab.

Cette dynamique traduit une volonté claire de soutenir l’innovation à tous les stades, du laboratoire à l’industrialisation.

Un archipel d’innovation santé, un nouveau CHU, une île consacrée à la santé… Qu’est-ce que l’innovation santé représente pour la métropole nantaise ?

L’innovation santé est un pilier de la stratégie de développement de Nantes Métropole. Elle incarne un projet de territoire, qui vise à attirer les talents et les étudiants, créer des emplois et tourné vers les grands défis de notre temps.

C’est aussi une ambition collective, partagée avec les chercheurs, les soignants, les entrepreneurs et les citoyens, pour construire la ville de demain au service du bien-être, bien vivre, bien soigner.

Pour développer un territoire en pleine santé globale : santé physique, santé mentale, santé sociale.

Avec plus de 1,6 milliard d’euros investis dans les infrastructures publique santé sur 320 000 mètres carrés sur l’Île de Nantes (archipel d’innovation santé, CHU de Nantes, Campus Santé Franceline Ribard, Instituts de Recherche en Santé), nous créons un écosystème unique en Europe.

Finalement, comment réduire les inégalités d’accès aux soins, y compris en milieu urbain ?

D’abord, il ne faut pas oublier que les inégalités de santé ne se limitent pas à l’accès aux soins : elles concernent aussi la prévention. Et là, les villes ont un rôle clé à jouer, au plus près de la population, via leurs services de la petite enfance, de l’éducation, de la cohésion sociale ou encore de la solidarité. Néanmoins, parce qu’il est une des principales sources d’inquiétudes de la population, le sujet de l’accès aux soins est porté au quotidien par mes collègues élues déléguées à la santé : Martine Oger, vice-présidente de Nantes Métropole, et Marlène Collineau, adjointe à la maire de Nantes.

« Réduire les inégalités d’accès aux soins, notamment dans les quartiers politique de la ville, est un impératif vu les difficultés rencontrées par la population. »

Si le soin relève de la compétence de l’État, les collectivités ont un rôle essentiel à jouer en mobilisant leurs leviers pour soutenir l’installation de professionnels de santé auprès des populations les plus vulnérables. Sur le territoire métropolitain, nous privilégions une approche d’universalisme proportionné : une réponse pour toutes et tous, mais renforcée là où les besoins sont les inégalités d’accès à la prévention et aux soins sont les plus fortes. Cela se traduit concrètement par un appui aux projets de maisons de santé pluriprofessionnelles ou de centres de santé, qui portent des projets validés par l’ARS et la CPAM, et qui répondent notamment aux besoins des publics les plus fragiles. À Nantes, nous exerçons par délégation de l’Éducation nationale les missions de santé scolaire, nous disposons d’un CCAS : en matière d’accès aux droits et à la santé, ils sont également des leviers majeurs.

La santé globale que nous défendons ne se limite pas à l’hôpital. C’est une approche préventive, inclusive et territorialisée.

L’archipel d’innovation santé permet de développer des solutions concrètes : e-santé, télémédecine, accompagnement des maladies chroniques, prévention nutritionnelle, etc.

En soutenant des projets issus de startups, d’associations ou de laboratoires, nous expérimentons des dispositifs directement dans la ville, auprès des habitants, pour rendre la santé accessible partout et pour tous.

En portant des projets de territoire intelligent comme SYNOPSE – SYstème Numérique d’Observation Populationnelle Santé Environnement, nous proposons une gouvernance partenariale de données, au service de la politique publique de santé métropolitaine et de la ville durable. On peut ainsi renforcer la santé globale et la résilience territoriale face aux crises sanitaires et climatiques, en facilitant l’accès à des données fiables, utiles et partagées pour mieux partager la connaissance du territoire au service de l’action publique, proposer des services pour aider les citoyens à être acteurs de leur santé, organiser et outiller la gestion de crises en apprenant de la crise sanitaire.

Avec un outil comme SynopseViz, nos collectivités peuvent produire des portraits dynamiques, des cartographies et des visualisations de données. Cet outil soutient la mise en œuvre du Contrat local de santé (CLS) et contribue à l’élaboration d’un urbanisme favorable à la santé.

En quoi l’archipel d’innovation santé permet aux différents acteurs de la santé de travailler ensemble pour une santé de demain plus préventive, inclusive, proactive ?

Le projet d’archipel d’innovation santé, c’est le chaînon entre le soin, la recherche et l’innovation. En rassemblant dans un même quartier, sur un même archipel : des soignants, des enseignants, des étudiants, des startups, des industriels, des associations… nous facilitons les synergies et les projets croisés. C’est cette intelligence collective, ancrée dans des lieux partagés comme GINA avec la Fabrique de l’Innovation en Santé du CHU de Nantes dans le cadre du PUI (Pôle Universitaire d’Innovation) Nantes Université, le Hall Santé Publique et la Maison des Enfants, on peut imaginer une santé plus agile, plus participative, plus préventive, et tournée vers les besoins réels des patients et des professionnels.

Quelle intégration de la santé dans la politique de la ville ?

La santé est un levier essentiel de la politique de la ville, en particulier dans les quartiers prioritaires où les besoins sont les plus importants. À Nantes et dans la métropole, nous avons fait le choix d’une approche coordonnée, en nous appuyant sur le Contrat local de santé (CLS), qui est devenu métropolitain en 2025. C’est un outil structurant, co-piloté avec l’ARS, en lien étroit avec les 24 communes, l’Éducation nationale, la CPAM, la CAF, la Préfecture et le CHU. Ce CLS permet de fédérer les acteurs autour de priorités partagées, de mobiliser des moyens supplémentaires et surtout de les orienter là où ils sont le plus utiles, contribuant ainsi à déployer opérationnellement la Politique publique de santé de la Métropole et le Projet régional de santé de l’ARS. Cette logique de synergie territoriale est indispensable pour construire une santé plus équitable, plus accessible et plus proche des habitants.

Repenser en profondeur notre modèle de société et réinventer la façon dont nous vivons en ville est par ailleurs devenu un impératif, tant sur le plan social, qu’environnemental et éthique. L’enjeu prioritaire est de préserver la santé globale de nos citoyens, qui dépend aujourd’hui à hauteur de 80 % des modes de vie, de facteurs sociaux, environnementaux, culturels, et des conditions de vie qui englobent le travail, la qualité de l’air, de l’eau, de l’alimentation, des logements, des liens sociaux, ainsi que de l’accès aux activités physiques et sportives, à la nature et à la culture.

Propos recueillis par Antonin Tabard