Le Grand Témoin : Stanislas Niox-Chateau, CEO de Doctolib

Acteur incontournable du numérique en santé, Doctolib accélère son virage vers l’intelligence artificielle. Avec la création d’un laboratoire d’IA clinique et un investissement de 20 millions d’euros, l’entreprise ambitionne de bâtir une médecine augmentée, fondée sur des outils fiables, évalués et utiles au quotidien, au service des soignants comme des patients. Explications avec son CEO, Stanislas Niox-Chateau.

Actuel CEO de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau fait partie de ceux qui ont fondé la célèbre licorne en 2013.
Actuel CEO de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau fait partie de ceux qui ont fondé la célèbre licorne en 2013. (Crédit : Doctolib)

ON HEALTH : Vous avez annoncé dernièrement dans les colonnes du Figaro, la création d’un laboratoire d’IA clinique… De quoi s’agit-il ?

Stanislas Niox-Chateau, co-fondateur et CEO de Doctolib : Nous lançons un laboratoire de recherche dédié à faire progresser l’IA en santé et bâtir l’intelligence médicale de demain, au service des soignants et des patients, dans un cadre européen. Ce laboratoire a deux vocations : transformer les avancées de l’IA en outils concrets, testés en conditions réelles pour aider soignants et patients, et faire avancer la recherche en IA médicale en Europe.

Pourquoi une licorne comme Doctolib s’intéresse-t-elle dorénavant à l’intelligence artificielle et par ce biais aussi à la clinique ?

En santé, l’IA peut être une opportunité formidable à condition qu’elle repose sur des connaissances médicales fiables, à jour et consensuelles. Nous avons déjà une vingtaine de produits, et d’autres à venir, qui reposent sur l’intelligence artificielle, aussi bien au service des soignants que des patients. Ce qui n’est pas évalué, traçable et sécurisé ne doit pas être utilisé. Doctolib a une responsabilité particulière : nous accompagnons chaque jour des millions de parcours de soins. Il nous faut compter sur la recherche pour construire une IA médicale qui répond au mieux aux besoins des soignants et de leurs patients.

Des rendez-vous aux diagnostics de vos utilisateurs, les patients, quel est l’objectif de Doctolib à travers ce nouveau projet ?

Notre objectif est de développer une intelligence artificielle en santé clinique, utile, fiable et évaluée. Les cas d’usage ne manquent pas, et les projets de recherche vont nous permettre d’atteindre des résultats significatifs. Concrètement : améliorer la réduction des facteurs de risque de santé, le suivi de santé, la détection et prédiction des problèmes de santé, l’efficacité du triage et la navigation dans le système de soins. Cette démarche est selon le meilleur moyen d’avoir des garanties en matière de fiabilité, de médicalisation et de sécurité de nos outils. Et nous voulons partager autant que possible le fruit de nos travaux de recherche : publications scientifiques, protocoles d’évaluation en accès ouvert, modèles open source…

Vous allez investir 20 millions d’euros dans ce projet, soit 12,5 % de votre budget R&D. Comment cela se matérialisera-t-il sur le terrain ?

Cela se matérialise par des partenariats concrets avec des instituts de référence en IA, des sociétés savantes, des laboratoires de pointe, des centres hospitalo-universitaires. Nous recrutons des chercheurs de haut niveau, nous lançons des équipes conjointes, des thèses co-encadrées,… Toutes les technologies que nous développons se nourriront également de ces travaux de recherche.

Au cœur de l’alliance, le CHU de Nantes, ville où vous avez choisi d’implanter un nouveau siège régional dans le quartier de la santé…

Avec le CHU de Nantes, l’un de nos partenaires historiques, nous pouvons co-développer, déployer et évaluer des solutions d’intelligence artificielle dans un environnement hospitalo-universitaire en conditions réelles, avec un objectif central : produire des preuves scientifiques robustes de leur bénéfice pour les soignants et patients, leur sécurité, leur acceptabilité et leur impact organisationnel. C’est essentiel, en santé, on juge une IA à sa capacité à apporter la valeur clinique attendue, de manière fiable et sécurisée, sur le terrain.

À l’heure où l’on parle de souveraineté, vous choisissez, peut-être aussi pour faire écho au premier principe du serment d’Hippocrate, de réfléchir à une IA clinique française… Mais avec l’Allemagne, aussi ?

La souveraineté, c’est une capacité concrète : scientifique, technologique, industrielle et économique. L’ambition du laboratoire est européenne. Deux logiques s’affrontent aujourd’hui en matière d’intelligence artificielle : les grands modèles globaux généralistes, qui ne sont pas conçus pour la santé, et ce que nous voulons construire : des systèmes explicables, évaluables cliniquement, alignés avec nos cadres éthiques et juridiques européens. En Allemagne, nous travaillons notamment avec DFKI, centre de recherche de référence en matière d’intelligence artificielle. Avec nos partenaires, nous construisons cette capacité européenne à maîtriser l’IA en santé.

Une des premières solutions IA développée par Doctolib est une solution à destination des patients-parents… 

Les premières années d’un enfant sont déterminantes pour sa santé et son bien-être, qu’il s’agisse de son développement physique, émotionnel ou cognitif. C’est aussi une période très intense pour les parents qui se posent mille questions et doivent faire face à une désinformation en santé qui prolifère. C’est pourquoi nous lançons prochainement notre service à destination des parents qui comprend un assistant, fondé sur l’IA, proposant des réponses sur-mesure aux parents 24h/24 et les oriente vers un soignant quand c’est nécessaire. Co-créé avec les institutions pédiatriques de référence en France et des experts de la petite enfance, l’outil permettra aux parents d’accéder à des conseils fiables, de suivre l’évolution de leur enfant et de recevoir un accompagnement sur-mesure au quotidien. Objectif : aider les parents à avancer avec confiance pour mieux prendre soin de leurs jeunes enfants, et d’eux-mêmes.

Propos recueillis par Antonin Tabard