Strasbourg renforce son arsenal contre les AVC

À Strasbourg, la prise en charge des AVC graves franchit une nouvelle étape. Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) ont inauguré, sur le site de Hautepierre, deux salles d’angiographie numérisée biplan dédiées à la neuroradiologie interventionnelle. Derrière cet équipement très spécialisé, l’enjeu est simple : gagner du temps lorsqu’un caillot bloque brutalement une artère du cerveau.

Le Pr Rémy Beaujeux dans le nouveau plateau de neuroradiologie interventionnelle des HUS, dédié notamment à la prise en charge des AVC graves. (Crédit : Hôpitaux Universitaires de Strasbourg)
Le Pr Rémy Beaujeux dans le nouveau plateau de neuroradiologie interventionnelle des HUS, dédié notamment à la prise en charge des AVC graves. (Crédit : Hôpitaux Universitaires de Strasbourg)

Dans les AVC ischémiques, qui représentent la majorité des accidents vasculaires cérébraux, chaque minute perdue augmente le risque de séquelles. La thrombectomie mécanique permet de retirer le caillot par voie endovasculaire, c’est-à-dire en passant par les vaisseaux, sans ouvrir le crâne. Selon les données présentées par les HUS, 52 % des patients retrouvent une autonomie complète ou quasi complète après ce geste, contre 15 % avec le seul traitement médical.

Une médecine mini-invasive pour intervenir dans les vaisseaux du cerveau

Cette approche illustre l’évolution de la neuroradiologie interventionnelle : une médecine mini-invasive qui traite les vaisseaux du cerveau, de la tête, du cou ou de la moelle de l’intérieur même du réseau vasculaire. Elle ne concerne pas seulement les AVC, mais aussi certaines malformations vasculaires ou des pathologies neurovasculaires complexes.

Le nouveau plateau réunit deux salles contiguës. Cette configuration permet de mutualiser les équipes médicales et paramédicales, mais surtout de répondre à une urgence même lorsqu’une intervention programmée est déjà en cours. « Une victime d’AVC n’a plus à attendre qu’une salle se libère », résume le Professeur Rémy Beaujeux, chef du service de neuroradiologie interventionnelle aux HUS.

Une filière AVC où chaque maillon compte

L’investissement, de l’ordre de 4,6 millions d’euros, est cofinancé par les HUS et l’Agence Régionale de Santé Grand Est. Il accompagne une forte montée en charge de l’activité : le nombre d’actes de neuroradiologie interventionnelle est passé de 144 en 2020 à 460 en 2025, dont environ 200 thrombectomies par an.

Mais l’innovation ne se limite pas à la machine. La prise en charge repose sur une chaîne complète : reconnaissance des signes par l’entourage, appel au 15, SAMU, unité neurovasculaire, imagerie, intervention, puis rééducation. Pour le Pr Beaujeux, ce premier réflexe est décisif : « Dès les premiers signes d’AVC, il faut appeler le 15 plutôt que se rendre directement aux urgences, afin d’être orienté sans perdre de temps vers la bonne filière de soins. »

En renforçant le maillon interventionnel, Strasbourg consolide une filière où l’organisation compte autant que la technologie. L’enjeu dépasse aussi le seul territoire alsacien. La France réalise environ deux fois moins de thrombectomies par habitant que l’Allemagne, selon les données citées par les HUS. En augmentant ses capacités, le nouveau plateau strasbourgeois participe donc à un défi plus large : permettre à davantage de patients éligibles d’accéder à ce traitement dans les délais.

Guillaume Freund,
Correspondant à Strasbourg

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