Une prise de sang pour détecter le cancer colorectal

Il fait partie des cancers offrant les meilleures chances de guérison… à condition qu’il soit détecté tôt. Pourtant, moins de 30 % des Français de plus de 50 ans se font dépister. « C’est très préoccupant car c’est un cancer qui n’est pas anecdotique et qui tue plus de 10 000 personnes par an en France », constate Julie Pannequin, directrice de recherche CNRS au Centre de génomique fonctionnelle à Montpellier. « Le cancer du côlon c’est le troisième le plus fréquent et le deuxième le plus mortel à travers le monde. Mais un patient avec un cancer colorectal détecté à un stade 1 ou même un pré-cancer, ce qu’on appelle les polypes, a plus de 90 % de chances de survie », rappelle la chercheuse.

À Montpellier, une équipe a mis au point un test de dépistage du cancer colorectal par une simple prise de sang.
À Montpellier, une équipe cherche à mettre au point un test de dépistage du cancer colorectal par une simple prise de sang. (Crédit : Illustration rawpixel.com / Freepik)

Forte de ce constat, une équipe menée par Julie Pannequin, en collaboration avec Jean Albrengues de l’Institut IRCAN à Nice, mène le projet COLNET. Financé pendant trois ans par la Fondation ARC, il a pour objectif d’améliorer le diagnostic : « Nous travaillons sur une simple prise de sang dans laquelle on pourrait regarder la présence ou l’absence importante d’un facteur circulant, une protéine qui est dans le sang, et qui pourrait nous dire de façon fiable, si le patient a un polype. Si c’est le cas, il doit faire une coloscopie. »

Détecter le plus tôt possible un cancer colorectal

Un test simple et non invasif qui permettrait de lever un frein important au dépistage actuel : « aujourd’hui, l’ensemble des tests de détection, entre la recherche de sang dans les selles puis la coloscopie, sont un peu rebutants et freinent pas mal de personnes », admet la chercheuse. Mieux sélectionner les patients en amont, apparaît d’autant plus crucial que 1,3 million de coloscopies sont réalisées chaque année en France, « entre l’anesthésie générale et la mobilisation du personnel, c’est aussi un coût énorme pour la société. »

Menée depuis un an, les travaux ont déjà permis d’avoir des résultats concluants sur une centaine de patients. « Le but, c’est d’avoir un millier de patients pour qu’on ait quelque chose de robuste et fiable. » Objectif à long terme ? Atteindre 50 % de la population qui se fait dépister, « ce qui sauverait presque 5 000 vies en France par an. »

Un défi d’autant plus urgent que le profil de malade évolue. Si le risque concernait surtout les plus de 50 ans, « depuis quelques années, on voit de plus en plus de cas chez des patients plus jeunes, entre 30 et 40 ans. » Une évolution préoccupante qui pourrait changer les stratégies de prévention de demain.

Céline Labesque,
Correspondante à Toulouse