Vers un dépistage précoce de la prééclampsie

La prééclampsie, complication grave touchant environ 10 % des grossesses dans le monde, pourrait bientôt être détectée bien avant l’apparition des symptômes. Une équipe internationale menée par le Docteur Manvendra Singh à l’Institut Imagine révèle dans Genome Biology de nouvelles pistes permettant un dépistage précoce de cette pathologie qui menace la vie de la mère et du bébé.

La prééclampsie touche près de 10% des grossesses.
La prééclampsie touche près de 10% des grossesses. (Crédit : Illustration Freepik/Drobotdean)

Les chercheurs ont en effet identifié deux marqueurs biologiques clés dans le placenta, grâce à l’analyse de l’activation de gènes et de petites régions régulatrices de l’ADN, surnommées « interrupteurs moléculaires ». Ces éléments orchestrent le développement normal du placenta, et leur dysfonctionnement entraîne les anomalies caractéristiques de la prééclampsie.

Un espoir pour la détection précoce de la prééclampsie

« Nous avons découvert que certaines séquences virales anciennes dans notre génome, comme LTR8B et MER65, régulent la protéine PSG9, essentielle au placenta », explique le Docteur Manvendra Singh, directeur de recherche à l’Institut Necker Enfants Malades. Une dérégulation de ce mécanisme pourrait déclencher la prééclampsie précoce, laissant des traces détectables dans le sang maternel dès le début de la grossesse. Cette avancée offre la perspective d’un test sanguin capable d’identifier les risques plusieurs semaines avant l’apparition des symptômes, là où les méthodes actuelles restent limitées.

Au-delà du diagnostic, cette découverte ouvre la voie à des traitements ciblés, adaptés aux mécanismes moléculaires identifiés. Les équipes de l’Institut Imagine, en collaboration avec le Centre Max Delbrück, l’Université Cornell et l’Université de Bath, posent ainsi les bases d’une médecine de précision appliquée à la grossesse.

Cette percée illustre comment l’étude des régulations génomiques et de vestiges viraux peut transformer la prévention et le suivi des pathologies maternelles. À terme, elle promet de rendre « visible » une maladie silencieuse, réduisant les risques de complications graves et révolutionnant le parcours de soins des futures mères.

Antonin Tabard