Le CHU de Lille révolutionne la reconstruction de l’oreille

Jusqu’en 2019, les enfants de moins de 10 ans souffrant d’une microtie ou d’une aplasie majeure de l’oreille – des malformations accompagnées de surdité – devaient se rendre aux États-Unis pour bénéficier d’une chirurgie reconstructrice. « Des parents lançaient des cagnottes pour payer l’opération et le voyage à leur enfant. Il y en avait pour plusieurs milliers de dollars. Le problème, c’est qu’après, les enfants n’étaient plus du tout suivis », raconte le Docteur Hélène Broucqsault, ORL pédiatrique au CHU de Lille.

L'intervention de reconstruction de l'oreille proposée par le CHU de Lille consiste à implanter une prothèse en polyéthylène et à auto-greffer des tissus musculaires par-dessus.
L’intervention de reconstruction de l’oreille proposée par le CHU de Lille consiste à implanter une prothèse en polyéthylène et à auto-greffer des tissus musculaires par-dessus. (Crédit : CHU de Lille)

Outre Atlantique, la praticienne lilloise s’est formée auprès du plasticien John Reinisch en 2018. Un an plus tard, elle importe la méthode états-unienne en France. Cette dernière permet de reconstruire l’oreille de l’enfant grâce à une prothèse en polyéthylène. L’alternative à cette opération, qui prélève le cartilage des côtes, est réservée aux enfants de 10 ans, d’un minimum de 30 kilogrammes, et nécessite deux interventions chirurgicales à six mois d’intervalle.

Une reconstruction à partir de six ans

Après avoir formé des équipes spécialisées, l’ORL et sa consœur le Docteur Charlotte Celerier, de l’hôpital parisien Necker qui pratique également ces actes chirurgicaux, ont reçu une centaine d’enfants depuis 2019. « Le patient peut exprimer sa motivation au plus tôt à partir de six ans, explique-t-elle. La demande doit venir de lui. Il est ensuite suivi pendant un an par un pédopsychologue pour le préparer au mieux à l’intervention. »

Cette nouvelle technique de reconstruction a déjà fait ses preuves au CHU de Lille.
Cette nouvelle technique de reconstruction a déjà fait ses preuves au CHU de Lille. (Crédit : CHU de Lille)

La prothèse permet de remplacer le cartilage, et, « pour que la plaie cicatrise correctement, il faut apporter des tissus vivants, souligne la praticienne. On prélève l’enveloppe du muscle, un tissu très fin, dans lequel passent les vaisseaux sanguins. » Malgré des résultats satisfaisants dès la sixième semaine suivant l’opération, Hélène Broucqsault rappelle que l’opération n’a qu’une utilité esthétique et ne rend pas l’ouïe aux enfants. Par ailleurs, il existe un risque d’une reprise chirurgicale, si le patient tombe et se blesse par exemple.

Brianne Huguerre-Cousin,
Correspondante à Lille