Les CPTS à l’épreuve du numérique

Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) occupent aujourd’hui une place stratégique et croissante dans le système de soins français. Comme tous les acteurs de santé elles doivent intégrer le numérique dans leur mode de fonctionnement et dans les solutions proposées. Décryptage.

Les CPTS doivent intégrer le numérique dans leur mode de fonctionnement et dans les solutions proposées.
Les CPTS doivent intégrer le numérique dans leur mode de fonctionnement et dans les solutions proposées. (Crédit : illustration AdobeStock)

La transformation numérique du système de santé ne concerne pas uniquement les hôpitaux, les laboratoires ou l’activité libérale. En ville, les CPTS, créées pour améliorer la coordination des soins de proximité, font face à un enjeu majeur : intégrer les outils numériques pour mieux répondre aux besoins de la population, tout en tenant compte de la diversité des pratiques sur le terrain. Une mutation aussi prometteuse que complexe.

Un virage numérique devenu inévitable

Issues de la loi de modernisation du système de santé de 2016, les CPTS regroupent des professionnels de santé libéraux, des structures médico-sociales, des établissements de soins et des collectivités autour d’objectifs communs : améliorer l’accès aux soins, organiser les parcours des patients, répondre aux crises sanitaires ou encore mener des actions de prévention. Pour y parvenir, la fluidité de l’information est essentielle. C’est ici que le numérique prend toute son importance.

Dossiers patients partagés, messageries sécurisées, outils de coordination, plateformes d’échange interprofessionnelles : les technologies existent. Mais leur adoption reste inégale. Pour les CPTS, le numérique représente à la fois une opportunité de structurer leurs actions et un défi en termes d’organisation, de formation et d’adhésion des professionnels.

Dans la pratique, le quotidien numérique des CPTS reste souvent difficile. Le manque d’interopérabilité entre les logiciels constitue un obstacle majeur. Chacun utilise ses propres outils, et il faut fréquemment recourir à des tableaux de suivi pour se coordonner. Malgré les efforts de l’Assurance maladie et des agences régionales de santé, l’hétérogénéité des pratiques et la faible connectivité de certains territoires ralentissent le déploiement de solutions communes.

Autre difficulté : le manque de temps et de formation. Les professionnels libéraux, déjà très sollicités, ont du mal à intégrer de nouveaux outils dans leur routine. Sans accompagnement, la technologie peut être perçue comme une charge supplémentaire plutôt qu’un soutien. S’y ajoute parfois une certaine réticence, liée à la crainte de perdre en autonomie ou en qualité de relation humaine.

Des initiatives prometteuses sur le terrain

Malgré ces obstacles, certaines CPTS montrent qu’une transformation réussie est possible. Dans le Grand Est, une plateforme numérique de coordination ouverte aux médecins, infirmiers et pharmaciens a permis de réduire les délais d’orientation et d’améliorer la réactivité en situation de crise. Cette plateforme Parceo est un service de e-Parcours qui offre aux acteurs de santé, du médico-social et du social, un bouquet de services numériques de coordination, facilitant la prise en charge du patient et de l’usager dans son parcours de soins .

La télésanté se déploie également progressivement. À Nantes, un outil de télé-expertise a été développé pour limiter les passages aux urgences. Autre exemple à la CPTS Nevers Sud Nivernais où des mallettes connectées sont distribuées aux médecins généralistes pour la téléexpertise, permettant des avis spécialisés à distance chez les patients ou en cabinet.

Des solutions comme Idomed ou Omnidoc sont plébiscitées par plusieurs CPTS pour proposer des solutions de télésuivi, de téléconsultations ou de télé-expertise.

Des plateformes d’information et d’orientation des patients émergent sur les portails web des CPTS comme au Pays d’Aix ou Lille Sud-Est pour informer les usagers sur les offres de soins, les dispositifs d’urgence, la prévention avec des annuaires de professionnels ou des questionnaires d’auto-orientation.

Ailleurs, des messageries instantanées sécurisées et des outils partagés de gestion des plannings de soins à domicile facilitent la communication entre professionnels.

Le développement du Dossier Médical Partagé (DMP), de la messagerie MSSanté et de Mon Espace Santé constitue aussi un levier structurant. Encore faut-il que ces outils soient intégrés dans un écosystème fluide, pensé pour les usages concrets du terrain.

Pour accompagner cette évolution, le ministère de la Santé et les agences régionales intensifient leur soutien. Des aides financières, via le Fonds d’intervention régional (FIR) ou par le biais de contrats avec l’Assurance maladie, permettent de financer les équipements et les postes de coordination. Mais au-delà des moyens, c’est une culture de la coopération numérique qu’il s’agit de bâtir.

La transformation digitale des CPTS ne se décrète pas. Elle doit s’ancrer dans les pratiques quotidiennes, avec une approche progressive, à l’écoute des besoins et fondée sur la co-construction avec les professionnels. L’enjeu est de taille : si les CPTS parviennent à tirer pleinement parti du numérique, elles pourront devenir un pilier essentiel d’un système de santé plus humain, local et réactif.

Dans un contexte marqué par la complexité des parcours de soins, la diversité des pathologies chroniques et la nécessité de lutter contre les déserts médicaux, le numérique ne constitue pas une solution miracle. Mais il peut devenir un outil de cohésion, à condition de rester au service du soin. Les CPTS, en tant qu’acteurs de cette transition, sont aujourd’hui à un tournant. Leur réussite pourrait bien redéfinir les contours d’une santé de proximité plus intelligente et mieux coordonnée.

Rémy Teston
Consultant digital / Expert e-santé – Buzz E-santé