Quand l’intelligence artificielle transforme la prévention du cancer colorectal

L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un levier d’innovation dans le système de santé, en particulier dans le domaine de la prévention. Une étude récente menée par la la Filière intelligence artificielle et cancers (FIAC) et Roche Diagnostics France montre que l’IA pourrait contribuer à améliorer significativement la participation au dépistage du cancer colorectal en France, en exploitant des données déjà disponibles dans les parcours de soins.

Grâce à une simple prise de sang, des outils d'intelligence artificielle pourraient venir personnaliser la prévention et ainsi combler un déficit, notamment dans la détection précoce de certains cancers.
Grâce à une simple prise de sang, des outils d’intelligence artificielle pourraient venir personnaliser la prévention et ainsi combler un déficit, notamment dans la détection précoce de certains cancers. (Crédit : Image générée par intelligence artificielle)

Le cancer colorectal demeure en effet un enjeu majeur de santé publique. Chaque année, il est responsable d’environ 17 000 décès dans l’Hexagone. Pourtant, détecté à un stade précoce, il se guérit dans près de 90 % des cas. Malgré cette réalité, la participation au programme national de dépistage reste limitée : seuls 34,2 % des Français concernés y prennent part, bien en dessous de l’objectif européen fixé à 45 %.

L’intelligence artificielle, nouvel allié du dépistage ?

Pour surmonter ce déficit de participation, l’étude ARTICS propose une approche innovante fondée sur l’intelligence artificielle. Portée par la FIAC et Roche Diagnostics France, cette initiative vise à utiliser des résultats d’analyses sanguines de routine pour identifier les personnes présentant un risque accru de cancer colorectal.

Le principe est simple : à partir d’un hémogramme, un algorithme analyse différents paramètres biologiques, combinés à des données démographiques telles que l’âge et le sexe. L’outil génère alors un score de risque personnalisé. Les patients identifiés comme étant à risque peuvent ensuite être orientés vers un dépistage classique, notamment le test immunologique fécal.

Cette stratégie permettrait de toucher une population aujourd’hui largement « hors radar ». En effet, sur les 14,5 millions de Français éligibles au dépistage organisé, environ 10,2 millions n’y participeraient pas. Pourtant, plus de la moitié d’entre eux réalisent chaque année une prise de sang pour d’autres raisons médicales. En exploitant ces examens déjà réalisés, près de 5,7 millions de personnes pourraient bénéficier du calcul de ce score de risque.

Réengager les Français dans le dépistage

Au-delà de la dimension technologique, l’acceptabilité par les patients constitue un facteur clé. Les résultats de l’étude montrent une adhésion importante : 78 % des personnes interrogées se déclarent favorables au calcul d’un tel score à partir de leurs données biologiques. Par ailleurs, 75 % indiquent qu’elles suivraient la recommandation de leur médecin d’effectuer un dépistage en cas de résultat suggérant un risque élevé.

Le dispositif repose également sur une organisation coordonnée entre les acteurs de santé. Les laboratoires de biologie médicale pourraient jouer un rôle de « sentinelles » techniques en intégrant l’algorithme dans leurs systèmes d’analyse. Les médecins généralistes resteraient, eux, les décideurs médicaux : ce sont eux qui interprètent le score et orientent le patient vers un dépistage si nécessaire.

Vers une prévention plus personnalisée

Cette approche illustre une évolution plus large du système de santé vers une prévention personnalisée. L’objectif est de passer d’un dépistage standardisé à une stratégie prenant davantage en compte le profil de risque individuel. En mobilisant les données de santé existantes et les capacités d’analyse de l’intelligence artificielle, ces outils pourraient renforcer l’efficacité des politiques de prévention tout en s’intégrant aux pratiques médicales quotidiennes.

À terme, l’enjeu est clair : faire de chaque acte médical courant une opportunité de détecter plus tôt les maladies. Une ambition qui pourrait transformer les bilans biologiques de routine en véritables outils de santé publique.

Antonin Tabard